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Magma sous les volcans d’Auvergne : une présence réelle, mais pas d’éruption imminente

Bérengère Laroque-Montlaur 7 min de lecture
Volcans d auvergne magma : coupe géologique et sismographe miniature

Sous la Chaîne des Puys et, plus largement, sous le Massif central, les chercheurs ont identifié des indices d’activité magmatique en profondeur. La présence de magma sous les volcans d’Auvergne est donc réelle, mais elle ne signifie pas qu’une éruption se prépare. Entre une source profonde, un éventuel réservoir et une remontée jusqu’à la surface, plusieurs conditions doivent être réunies.

Ce que l’on sait du magma sous les volcans d’Auvergne

Les observations scientifiques distinguent plusieurs niveaux dans la plomberie volcanique. Une source de magma se trouverait aux environs de 30 km de profondeur, tandis que certains travaux évoquent une zone magmatique située entre 25 et 35 km. Cette profondeur correspond approximativement à la limite entre la croûte et le manteau, estimée autour de 25 km dans le département.

Des séismes profonds révélés sous les volcans du Massif Central, Découvrez l’étude publiée dans Geophysical Research Letters sur la détection de signaux sismiques longue période inhabituels sous les volcans du Massif Central.

À une profondeur moindre, des estimations ont aussi proposé l’existence d’une chambre magmatique entre 10 et 12 km, pour un volume compris entre 6 et 15 km³. Il ne faut toutefois pas l’imaginer comme une vaste cavité remplie de liquide incandescent. Un réservoir magmatique peut être formé d’une bouillie cristalline, où coexistent des cristaux, une fraction fondue, des gaz et des roches très chaudes.

Du magma profond n’est pas de la lave prête à sortir

Le magma est une roche partiellement ou totalement fondue qui reste sous terre. Il devient de la lave lorsqu’il atteint la surface. Entre les deux, il peut refroidir, cristalliser, stagner dans la croûte ou se disperser dans des fractures. Sa détection en profondeur ne permet donc ni de dater une éruption ni d’affirmer qu’une éruption aura lieu.

La Chaîne des Puys est généralement considérée comme potentiellement active plutôt que définitivement éteinte. Ses dernières éruptions remontent néanmoins à plusieurs milliers d’années. La dernière activité de la chaîne est située il y a un peu moins de 7 000 ans selon les éléments disponibles. À l’échelle humaine, cette période est très longue. À l’échelle géologique, elle indique que le volcanisme régional ne relève pas d’un passé aussi ancien que celui des Monts Dore les plus anciens.

Pourquoi la présence de magma ne signale pas un réveil imminent

Une éruption suppose une succession de phénomènes : production ou arrivée de magma, mise en pression, dégazage, ouverture ou réouverture de fractures, puis remontée vers la surface. Aucun de ces mécanismes ne découle automatiquement de la présence d’un magma profond. La science peut évaluer un potentiel volcanique et repérer des évolutions, mais elle ne peut pas transformer une possibilité à long terme en calendrier précis.

Les signaux qu’attendraient les volcanologues

Une remontée magmatique susceptible de devenir préoccupante se manifesterait vraisemblablement par plusieurs changements concordants : une sismicité plus fréquente et plus superficielle, des séismes longue période liés à la circulation de fluides, une évolution des gaz, des déformations du sol ou des anomalies géophysiques. Un signal isolé ne constitue pas une preuve. C’est la combinaison, la localisation et l’évolution dans le temps de ces indices qui permettent de formuler une hypothèse solide.

L’épisode de plus de 400 microséismes enregistré entre la fin de 2021 et novembre 2022 dans le secteur du lac Chambon l’illustre. Une activité sismique locale ne traduit pas nécessairement une remontée de magma. Les séismes peuvent aussi résulter de réajustements de failles ou de variations des contraintes dans la croûte terrestre.

La fermeture des cheminées change aussi le scénario

Les volcans de la Chaîne des Puys sont en grande partie monogéniques : ils se sont formés lors d’un épisode éruptif qui n’implique pas forcément la réutilisation de la même cheminée. Une ancienne cheminée peut être comparée à un fusible déjà consumé. Son existence ne crée pas nécessairement un passage disponible pour le magma.

Si une nouvelle éruption se produisait un jour, le magma pourrait devoir fracturer la croûte et emprunter un autre trajet. Cette particularité explique pourquoi le repérage des anciens cratères ne suffit pas à désigner à l’avance le lieu d’une éventuelle sortie. Les édifices visibles aujourd’hui renseignent sur l’histoire volcanique, mais pas sur le point précis d’une future éruption.

Comment les scientifiques lisent la plomberie volcanique

Pour étudier les volcans d’Auvergne, les équipes croisent des méthodes qui n’observent pas les mêmes phénomènes. Les roches racontent l’histoire ancienne du magma. La sismologie enregistre les vibrations actuelles de la Terre. Les gaz et les sources thermo-minérales renseignent sur la circulation des fluides. Ces approches sont complémentaires, car aucune ne suffit à elle seule pour reconstituer le fonctionnement du sous-sol.

Sismomètres et ondes atypiques

Un réseau de 100 sismomètres est installé dans le Massif central dans le cadre d’une étude commencée en 2023 et prévue jusqu’en 2028. Ces instruments mesurent des vibrations imperceptibles pour les habitants. Les chercheurs s’intéressent notamment aux séismes longue période et à certaines formes d’ondes atypiques, qui peuvent être associées à des fluides ou à du magma en dégazage.

Depuis quelques années, environ une dizaine d’occurrences de signaux sismiques spécifiques ont été enregistrées. Leur interprétation demande de la prudence. Une onde renseigne sur les propriétés d’une zone souterraine, mais ne montre pas directement une poche de magma, comme le ferait une image médicale. La profondeur, la durée, la répétition et la position des signaux sont nécessaires pour construire une hypothèse fiable.

Roches, cristaux et isotopes

Les analyses géochimiques complètent cette observation du sous-sol. Entre le puy de Dôme et le Grand Sarcouy, séparés d’environ 5 km, l’étude de trachytes non altérés et des isotopes de l’oxygène contenus dans les cristaux permet de reconstituer une partie du trajet du magma. Ces signatures peuvent révéler ses interactions avec la croûte terrestre, un phénomène appelé contamination isotopique.

La composition du magma aide aussi à comprendre le style des éruptions. Un magma basaltique, souvent plus fluide, favorise plus facilement les coulées de lave et la formation de cônes de scories. Un magma plus visqueux, riche en silice, comme certains magmas trachytiques ou phonolitiques, retient davantage les gaz et peut produire des manifestations plus explosives. Ces caractéristiques expliquent les différentes formes visibles dans les paysages auvergnats, sans permettre de prédire un scénario local.

Les repères à connaître dans la Chaîne des Puys et les environs

La Chaîne des Puys, près de Clermont-Ferrand, permet d’observer des formes volcaniques variées. Le puy de Dôme se trouve à environ 15 km de Clermont-Ferrand. Le puy Pariou est situé à environ 10 km à l’ouest de la ville, à un peu plus de 2 km d’Orcines et à environ 1,5 km du puy de Dôme. Plus au sud, le lac Pavin et les Monts Dore montrent d’autres expressions de l’histoire volcanique régionale.

Site Repère connu Ce qu’il permet d’observer
Puy de Dôme 1 465 m ; environ 11 000 ans Un dôme de lave caractéristique de la Chaîne des Puys.
Puy Pariou 1 209 m ; cratère d’environ 200 m de diamètre Un cône volcanique et un cratère d’environ 90 m de profondeur.
Grand Sarcouy 1 147 m ; environ 12 600 ans Un édifice d’environ 250 m de hauteur et 800 m de diamètre.
Puy Montchal 1 407 m ; environ 7 000 ans Un maar occupé par un lac de 750 m de diamètre.
Puy Griou 1 690 m ; environ 6 millions d’années Un relief des Monts Dore, bien plus ancien que les puys voisins.

Comprendre les paysages sans céder à l’inquiétude

Le puy de Dôme, le puy Pariou, le Grand Sarcouy et le puy Montchal ne racontent pas tous la même histoire éruptive. Cônes de scories, dômes, cratères, maars et coulées dépendent de la viscosité du magma, de sa teneur en gaz, de sa rencontre éventuelle avec l’eau et du chemin suivi vers la surface. Cette diversité permet de lire les grandes étapes du volcanisme auvergnat, mais elle ne signale pas un danger immédiat.

La médiation scientifique proposée à Vulcania permet d’approfondir ces mécanismes à partir d’échantillons de roches et de simulations d’éruptions. L’animation consacrée au passage du magma aux volcans d’Auvergne dure 30 minutes. Sur le terrain comme dans les études, le constat reste le même : les volcans d’Auvergne ne sont pas de simples reliefs figés, mais leur activité magmatique profonde ne correspond pas, à ce jour, à l’annonce d’une éruption imminente.

Bérengère Laroque-Montlaur

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